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jeudi 22 juin 2017








Je te mènerai au désert, et Je parlerai à ton cœur...

(Osée 2:14)

mercredi 21 juin 2017




L’amour est une transgression tant pour la tradition platonicienne que pour celle des chrétiens. Il transfère au corps les attributs de l’âme et celui-ci cesse d’être une prison. L’amant aime le corps comme s’il était une âme et l’âme aime comme si elle était un corps. L’amour mêle la terre au ciel. Il est la grande subversion. Chaque fois que l’amant dit « je t’aime pour toujours», il confère à une créature éphémère et changeante, des attributs divins, l’immutabilité et l’immortalité. La contradiction est tragique : la chair se corrompt, nos jours sont comptés, cependant, nous aimons et nous aimons avec le corps et l’âme, nous aimons corps et âme. 

Octavio Paz



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ISBN :
978-2810624195
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mardi 20 juin 2017




C’est pourquoi la meilleure part de notre mémoire est hors de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur de renfermé d’une chambre ou dans l’odeur d’une première flambée, partout nous retrouvons de nous-même ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore. Hors de nous ? En nous pour mieux dire, mais dérobée à nos propres regards, dans un oubli plus ou moins prolongé. C’est grâce à cet oubli seul que nous pouvons de temps à autre retrouver l’être que nous fûmes, nous placer vis-à-vis des choses comme cet être l’était, souffrir à nouveau, parce que nous ne sommes plus nous, mais lui, et qu’il aimait ce qui nous est maintenant indifférent. Au grand jour de la mémoire habituelle, les images du passé pâlissent peu à peu, s’effacent, il ne reste plus rien d’elles, nous ne le retrouverons plus

Marcel Proust

lundi 19 juin 2017





Jamais il n'eût méprisé le bien qu'il a, s'il n'eût pas été le sien; son cœur ne prend en aversion que le bonheur qu'il est contraint d'avoir. Le lui eût-on refusé, il se serait lancé à sa recherche pensant toujours trouver mieux, parce qu'il n'aime pas ce qu'il a ! 

Tristan et Iseult

dimanche 18 juin 2017





On poursuit quelque chose de soi-même 
dans le regard de l’autre. 
(Brigitte Giraud)

samedi 17 juin 2017






"La lumière qui se dégage des choses, il faut la fixer dans les mots avant qu'elle ne soit éteinte dans l'esprit."
 

(Bashô Matsuo :poète japonais du 17è s.)

vendredi 2 juin 2017







Depuis que nous parcourons le monde, mes mots et moi, nous n’avons jamais dérogé à cette loi : il faut payer d’inconfort la rage de découvrir comme l’amour de savoir. Le voyage est une chose trop sérieuse pour qu’on l’abandonne aux mauvaises habitudes de la commodité. J’ai plus appris dans des bus cabossés et bringuebalants, sur des routes cahoteuses, que dans les cars climatisés, en pays balisé. Je me souviens de mon plaisir à m’affaler sur un lit de misère, dans une chambre douteuse. Il me semblait que mon intelligence des choses vues, senties, frénétiquement appréhendées me venait de ma fatigue même, aggravée par mon détachement à l’égard des choses relevant de l’hygiène élémentaire. Ma sagacité s’accroissait des souffrances que me valait mon envie insensée d’étreindre, oui d’étreindre, toutes celles des « connaissances » que mes intuitions me ramenaient comme des butins sensoriels, forts en rutilations. Je voyageais comme j’écris, en dévorateur du visible et de l’invisible. Un voyage, une écriture, chez moi, c’est la conquête d’une vérité qui n’est pas toujours ni belle, ni chatoyante, ni rassurante. C’est aussi m’en aller à ses relents, ses sueurs, ses déjections, non pour m’y vautrer, mais pour mettre ma propre humilité à l’épreuve du courage qu’elle exige, pour la regarder en face et en accepter les conséquences. D’une telle confrontation, la curiosité sort gagnante, mais alors ce n’est plus la simple curiosité, c’est une passion, dans le sillage d’un paroxysme.

Marcel Moreau. 




























Jamais je n’oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée.
Jamais je n’oublierai cette fumée.
Jamais je n’oublierai les petits visages des enfants dont j’avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet.
Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui m’a privé pour l’éternité du désir de vivre.
Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert.
Jamais je n’oublierai cela, même si j’étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même. Jamais.
La baraque où l’on nous avait fait entrer était très longue. Au toit, quelques lucarnes bleutées. C’est cet aspect que doit avoir l’antichambre de l’enfer. 


Elie Wiesel