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lundi 4 septembre 2017


























Console-toi. Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé. 

Les Pensées de Blaise Pascal



dimanche 3 septembre 2017






































En chaque mot, il y a  un oiseau aux ailes repliées qui attend le souffle du lecteur. 

Emmanuel Lévinas

samedi 2 septembre 2017





Et j'ai appris l'affaissement des visages,

la crainte qui sous les paupières danse,

les signes cunéiformes des pages

que dans les joues burine la souffrance ;

les boucles brunes, les boucles dorées

soudain devenir boucles d'argent grises,

faner le sourire aux lèvres soumises,

et dans le rire sec la peur trembler.

Et ma prière n'est pas pour moi seule,

Mais pour tous ceux qui attendaient comme moi

dans la nuit froide et dans la chaleur

sous le mur rouge, sous le mur d'effroi. 

Anna Akhmatova

vendredi 1 septembre 2017






Tes yeux dans lesquels je voyage
Ont donné aux gestes des routes
Un sens détaché de la terre.
 

Paul Eluard.

jeudi 31 août 2017




 
Je serai cruel et seul
et je mangerai des couleuvres
et des insectes crus.
Je ne parlerai à personne,
sinon en paroles d’insectes
ou de couleuvres nues,
en mots qui vivront et riront malgré moi.

                                         

                                                                  René Daumal
                                     Le Contre-Ciel, Poésie/Gallimard

mercredi 30 août 2017




















Par-delà le carambolage des rails croisés, les poteaux comptaient la campagne, les fils mesuraient la fuite en sifflant. Un champ de blé gicla d’un talus. Une petite ville se bâtit au galop et puis dégringola dans la pente. Un bref tunnel goba le reste et vomit une boule de fumée et des collines bleues.
Enfin parurent des contrées semblables à celles où la guerre a passé. Des grillages, des baraques, des touffes, des tas. Un camion qui perdait sa bâche courait dans la poussière comme une volaille effarouchée.
Les premières maisons se levèrent dans les terrains vagues, comme des échelles.
Un fossé noirci, des rues, des cours, des linges, des rues, des façades, des cheminées, des rues : on arrivait.
Ma mère ne pourrait pas venir à la gare : nous avions rendez-vous plus tard dans un café. Je sortis traînant sur mes talons mes deux valises.
Je vis se déballer les trains qui venaient de banlieues, et de toutes les bouches de la gare, les femmes de Paris vinrent vers moi, portées comme des bouchons par les moulinets de la foule. Les couples déjà formés faisaient des grumeaux çà et là qui s’embrassaient, qui commençaient à onduler debout.
Dehors, la ville me montra tous ses trous, ses coins, ses appels, ses escaliers comme des trappes, ses boîtes qui se referment, ses lumières sèches qui s’allument et s’éteignent, ses rideaux qui se tirent, ses rues où les foules remontent comme des mauvaises digestions, ses souterrains où elles pendent par grappes, ses ronds-points où elles font exprès d’être nombreuses et de grouiller sur place et de coller ensemble comme les œufs des poissons, ses cafés où les jambes s’entremêlent sous les tables, ses taxis où les bras se croisent sur des dos. L’amour mouillait tout ça, coulait dessus comme une rinçure de vaisselle, y gloussait comme un évier qui se vide.
J’avançais avec peine, suffoquant de la lourdeur de toutes ces croupes, du dégoût de ces ventres, de la chute des poitrines débandées et du poivre et du soufre des poils.
J’arrivais au café traînant ma charge. Je naviguais à travers les tables, un garçon fit voltiger un plateau au-dessus de ma tête. Je cherchais quelque chose du regard. Enfin, au milieu du miroitement des glaces, des verres, des marbres, je trouvai la douceur de ses yeux. Ma mère ! Enfin, une vraie femme !...
« Jamais ! Jamais plus je ne pourrai vous laisser ! » 

Luc Dietrich

mardi 29 août 2017







Je ne sais pas si j'aimais cette dame,
Mais je sais bien
Que, pour avoir un regard de son âme,
Moi, pauvre chien,
J'aurais gaîment passé dix ans au bagne
Sous les verrous...
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou."

Victor Hugo.