samedi 20 avril 2019




Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

Jules Laforgue

vendredi 19 avril 2019





A travers les interstices
De mon rideau de bambou
Passez à votre aise
Si ma mère qui m'a tendrement élevée
Me questionne
Je dirai que c'est le vent.

(Anonyme)

jeudi 18 avril 2019



C'est ainsi que je sentis mes lèvres contre les siennes. Elle fermait encore les yeux, mais visiblement comme quelqu'un qui ne dort pas. Je l'embrassai, stupéfait de mon audace, alors qu'en réalité c'était elle qui, lorsque j'approchais de son visage, avait attiré ma tête contre sa bouche. Ses deux mains s'accrochaient à mon cou ; elles ne se seraient pas accrochées plus furieusement dans un naufrage. Et je ne comprenais pas si elle voulait que je la sauve, ou bien que je me noie avec elle.

Raymond Radiguet - Le Diable au corps. 

mercredi 17 avril 2019





Mesdames et Messieurs, je voudrais clore cette intervention en rappelant que la Shoah est notre héritage à tous. Je forme les vœux les plus ardents pour que la mémoire de la Shoah ne soit pas un ingrédient de la bonne conscience, mais qu'elle inspire à jamais le respect de la dignité humaine et des valeurs fondamentales qui constituent le socle de notre civilisation. 
Simone Veil.

mardi 16 avril 2019

Kertesz - Man reading on stairs




Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale

Au cimetière étrange de Lofoten.

L’horloge du dégel tictaque lointaine

Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.



Et grâce aux trous creusés par le noir printemps

Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ;

Et grâce au maigre vent à la voix d’enfant

Le sommeil est doux aux morts de Lofoten,



Je ne verrai très probablement jamais

Ni la mer ni les tombes de Lofoten

Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais

Ce lointain coin de terre et toute sa peine.



Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines

Au cimetière étranger de Lofoten

— Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,

Vraiment, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?



— Tu pourrais me conter des choses plus drôles

Beau claret dont ma coupe d’argent est pleine,

Des histoires plus charmantes ou moins folles ;

Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten,



Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne

La voix du plus mélancolique des mois.

— Ah ! les morts, y compris ceux de Lofoten —

Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi...

Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz

lundi 15 avril 2019

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Si l’on comparait une pièce d’habitation japonaise à un dessin à l’encre de Chine, les shôji correspondraient à la partie où l’encre est la plus diluée, le toko no ma à l’endroit où elle est la plus épaisse. Chaque fois que je regarde un toko no ma, ce chef-d’œuvre du raffinement, je suis émerveillé de constater à quel point les Japonais ont pénétré les mystères de l’ombre, et avec quelle ingéniosité ils ont su utiliser les jeux d’ombre et de lumière. Et cela sans recherche particulière en vue de tel effet précis. En un mot, sans autre moyen que du bois sans apprêt et des murs nus, l’on a ménagé un espace en retrait,  où les rayons lumineux que l’on y laisse pénétrer engendrent de ci, de là, des recoins vaguement obscurs. Et pourtant, en contemplant les ténèbres tapies derrière la poutre supérieure, à l’entour d’un vase à fleurs, sous une étagère, et tout en sachant que ce ne sont que des ombres insignifiantes, nous éprouvons le sentiment que l’air à ces endroits-là renferme une épaisseur de silence, qu’une sérénité éternellement inaltérable règne
sur cette obscurité. Tout compte fait, quand les Occidentaux parlent de «mystères de l’Orient», il est bien possible qu’ils entendent par là ce calme un peu inquiétant que secrète
l’ombre lors-qu’elle possède cette qualité-là.

Junichiro Tanizaki - Éloge de l'ombre 




dimanche 14 avril 2019

Reading books photography



Mes yeux fermés au monde se sont ouverts en toi.
 

Charles Van Lerbergh.