mercredi 6 novembre 2019





Les nuées s'amassaient sur la haute mer 
faite d'une éternité de chaudes larmes.

A. Rimbaud.

mardi 5 novembre 2019




Il y aura toujours plus de choses dans un coffret fermé que dans un coffret ouvert. La vérification fait mourir les images. Toujours, imaginer sera plus grand que vivre. 

Gaston Bachelard.

lundi 4 novembre 2019
















Dans la torpeur printanière on n'a pas saisi l'aube.
De tous côtés s'entendent chanter les oiseaux.
Toute la nuit ce bruit de vent et de pluie...
Les pétales tombés, qui saurait les compter ? 


Chine - Mèng Hào Ran - VIIIè siècle

dimanche 3 novembre 2019










La poésie est le seul moyen
 d’aborder par les mots, 
quand on sait le faire, 
le son intérieur du réel. 

Eugène Guillevic.

samedi 2 novembre 2019


















La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son œil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

Charles Baudelaire 

vendredi 1 novembre 2019

Kertesz - Man reading on stairs




Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale

Au cimetière étrange de Lofoten.

L’horloge du dégel tictaque lointaine

Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.



Et grâce aux trous creusés par le noir printemps

Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ;

Et grâce au maigre vent à la voix d’enfant

Le sommeil est doux aux morts de Lofoten,



Je ne verrai très probablement jamais

Ni la mer ni les tombes de Lofoten

Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais

Ce lointain coin de terre et toute sa peine.



Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines

Au cimetière étranger de Lofoten

— Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,

Vraiment, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?



— Tu pourrais me conter des choses plus drôles

Beau claret dont ma coupe d’argent est pleine,

Des histoires plus charmantes ou moins folles ;

Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten,



Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne

La voix du plus mélancolique des mois.

— Ah ! les morts, y compris ceux de Lofoten —

Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi...

Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz

jeudi 31 octobre 2019



La terre d'Arménie ne m'a pas donné la beauté d'Arménienne des anciens
Ni taille haute, ni regard de feu,
Ni les flammes dociles des tresses
Elle ne m'a gratifiée que d'une paire d'yeux profonds couleur cendre
Emplis de la cendre de ses siècles,
Avec au fond les braises de l'inspiration.


Sylva Kapoutikian